SCENE_01
La phrase prononcée entre deux gorgées de café
Tu es assise en face d'elle — une amie que tu aimes vraiment — et elle retire sa main de sa tasse pour te dire. Elle sourit. Tu entends les mots « enfin » et « trois mois maintenant ». Pendant deux secondes, avant que le sourire ne monte à tes lèvres, tu sens quelque chose d'autre. Pas de la joie. Une contraction. Une jalousie qui arrive comme du poison avant d'arriver comme une nouvelle. Tu sais déjà que tu vas sourir. Tu le fais.
SCENE_02
Le silence après : la honte du deuil qui se regarde
Plus tard, tu renters chez toi et tu te détestes. Pas parce que son bonheur te rend jalouse — c'est normal, c'est du deuil, la recherche le dit — mais parce que tu es jalouse et que ça fait de toi quelqu'un de terrible. Tu portes à la fois le deuil de ne pas être enceinte et la honte de jalousie face à celle qui l'est. Deux fardeaux. Quand tu penses à elle maintenant, tu sens les deux à la fois. Et tu te demandes si tu peux vraiment être son amie si tu ressens ça.
SCENE_03
Le pivot : la jalousie n'est pas le défaut, c'est la preuve
Mais écoute : la jalousie envers une femme enceinte chez quelqu'un qui voudrait l'être n'est pas un signe d'égoïsme caché. C'est un signe de deuil. Elle vit le deuil de ta propre grossesse qui n'arrive pas encore. Et ton amie — tu peux l'aimer vraiment et sentir quand même la piqûre. Les deux existent en même temps. Tu n'as pas à choisir. Ce que tu dois faire, c'est arrêter de te détester pour la jalousie et commencer à y faire de la place, comme tu ferais pour n'importe quel deuil.