SCENE_01
Dimanche, le recompte commence
Tu fermes la porte de la cuisine le dimanche soir et tu fais l'inventaire. Samedi : le brunch avec les croissants. Dimanche midi : les frites avec du fromage. Dimanche soir : le dessert du restau. Aucune de ces assiettes n'a le droit d'être neutre. Chacune reçoit une étiquette. Et chaque étiquette va quelque part — pas écrite, mais gardée. Tu additionnes le week-end comme un solde moral : mauvais, visiblement mauvais.
SCENE_02
Le prix caché du bulletin
La nourriture elle-même disparaît pendant que tu notes. Tu ne goûtes pas le croissant ; tu enregistres la faute. Le fromage sur les frites ne te nourrit pas ; il te condamne. Et le dimanche soir, ce jugement n'est plus sur le repas — il s'installe en toi. Tu n'as pas mangé différemment ; tu as mangé en te condamnant. Et ceux qui vivent comme ça, qui transforment chaque bouchée en verdict, rapportent paradoxalement moins de maîtrise, pas plus. Le problème n'est pas le croissant. C'est la notation.
SCENE_03
Lundi : une autre façon de compter
Il existe une lecture plus précise de ton week-end. Tu n'as pas été mauvais. Tu as mangé. Samedi, dimanche, lundi — tu as eu des repas. Certains contenaient du beurre, d'autres des légumes. Aucun d'eux ne portait ta valeur. Et cette distinction — entre manger et être jugé — change ce que tu remarques ensuite. Pas d'absolution dramatique, pas de recommencement zéro. Juste la fermeture d'un carnet qui ne t'appartenait pas.