SCENE_01
Les quinze minutes avant que la sonnette retentisse
La portière claque dehors et tu es déjà en mouvement : tu glisses « Ça va d'aller mal » derrière les livres de cuisine, tu caches le cahier d'exercices sur le deuil sous le plaid posé sur le pouf, tu resserres les autres livres pour que le vide sur l'étagère ne se voie pas. Quand la sonnette retentit, la pièce a l'air d'appartenir à quelqu'un qui ne fait le deuil de personne.
SCENE_02
Ce que ces tranches de livres diraient, selon toi
Tu as déjà décidé ce que ces tranches diraient si on les laissait en évidence : que tu es coincé, qu'il faut te ménager, que la visite devrait maintenant tourner autour de toi plutôt que de ce pour quoi elle avait lieu. Alors tu joues quelqu'un de plus avancé — voix posée, étagère bien rangée — et la visite se termine sans que personne ne voie la version de toi qui lit ce livre à deux heures du matin. Tu es moins protégé que tu ne le penses. Tu es juste plus seul dans une pièce pleine.
SCENE_03
Ce qu'un livre sur une étagère prouve vraiment
Un livre sur le deuil dans une étagère, c'est de la documentation, au même titre qu'un livre de cuisine jamais terminé ou la notice du routeur — la preuve que tu possèdes quelque chose, pas de comment tu vas. Personne n'a jamais jugé la stabilité d'un ami à la tranche d'un livre de poche. Laisse-en un visible cette semaine, sans commentaire, et observe ce qui se passe réellement : le plus souvent, rien du tout.