SCENE_01
Ton chef relit ton analyse à voix haute
Ton responsable ferme le document, se cale dans sa chaise. « C'est solide. On n'avait jamais vu la segmentation comme ça. » Tu hoches la tête. Trois secondes plus tard, tu dis : « Ouais, ça s'est trouvé. J'avais juste du temps ce weekend. » Tu sais que c'est faux — tu as refait la segmentation quatre fois, creusé trois sources différentes, testé deux approches — mais le doute te rattrape immédiatement. Si c'était vraiment difficile, quelqu'un d'autre l'aurait remarqué, non ?
SCENE_02
La peur cachée : ton travail est une série de coups de chance
Tu interprètes son silence non comme de la réflexion, mais comme une vérification. Il va réaliser que tu n'as rien fait d'exceptionnel. Tu construis rapidement une narration : le timing a coïncidé, tu connaissais déjà une partie du sujet, peut-être même qu'il aurait pris cinq minutes à quelqu'un d'expérience. Cette histoire te permet de rester petit, inoffensif, de ne pas promettre demain ce que tu as livré hier. Tu respires mieux en croyant que n'importe qui aurait pu le faire. Ça signifie que tu ne dois pas continuer à être bon.
SCENE_03
Vérifier ce que ferait n'importe qui
Attends une semaine. Puis, sans l'annoncer, demande à un collègue compétent — pas le moins expérimenté, quelqu'un de ton niveau — s'il peut refaire l'analyse en deux heures, à partir du même point de départ. Observe ce qu'il fait, où il butte, ce qu'il skipe. Ne cherche pas à le saborder. Juste à voir. Souvent, « n'importe qui » l'aurait fait différemment, ou pas du tout. Le fait que toi tu l'aies fait, précisément comme ça, déjà, c'est la donnée intéressante.